Explosion de l’usine AZF : début à Toulouse d’un "procès d’exception" en appel

Le procès hors norme de l’explosion de l’usine chimique AZF s’est ouvert en appel jeudi après-midi à Toulouse, devant près d’un millier de personnes, dont des centaines de parties civiles, un peu plus de 10 ans après le drame qui a fait 31 morts et 2.500 blessés.

"Je mesure pleinement l’importance et la solennité de ce procès d’exception, l’émotion et les attentes qui sont les vôtres, la cour ressent son immense responsabilité", a déclaré le président Bernard Brunet en ouvrant les débats dans une salle immense spécialement mise à disposition pour le procès.

Grande Paroisse (groupe Total) et Serge Biechlin, directeur de l’usine, sont poursuivis pour homicides involontaires par manquement à une obligation de sécurité, deux ans après un premier procès qui s’est soldé par leur relaxe au bénéfice du doute.

Au cours de premières heures surtout dévolues à l’appel des prévenus, des parties civiles et des témoins, Serge Biechlin, ingénieur aux cheveux blancs aujourd’hui âgé de 66 ans, mince et sobrement vêtu d’un costume sombre, n’a eu qu’à décliner son identité, tout comme le représentant de Grande Paroisse, Daniel Grasset, n’a eu qu’à rappeler que cette dernière était une holding dont le casier judiciaire était vierge.

Mais la première question à trancher dans les prochains jours sera de décider s’il faut aussi juger ou non Total et son ex-président Thierry Desmarest, ce que demandent plusieurs parties civiles refusant de s’en tenir aux "lampistes".

A la fin du procès de 2009, cette citation directe avait été jugée irrecevable car leur mise en examen avait été refusée à l’instruction.

L’avocat de Total, Me Jean Veil, a fait savoir à l’audience que Thierry Desmarest, en déplacement en Asie, se présenterait "le moment venu" pour répondre aux questions.

La thèse privilégiée par la justice est un accident chimique lié à des négligences, les experts judiciaires soutenant qu’il est dû à l’apport malencontreux d’un produit chloré sur le tas de nitrate d’ammonium (engrais ou explosif minier) stocké dans le hangar qui a explosé le 21 septembre 2001.

En 2009, le tribunal a relaxé les prévenus en l’absence de preuve matérielle que le mélange avait bien eu lieu ; en effet, en matière pénale, le lien doit être formellement établi entre la faute et le dommage, a-t-il dit.

La défense de l’industriel fait valoir, elle, "qu’aucune explication crédible n’a été apportée" au drame.

L’enjeu du nouveau procès sera de trouver d’éventuelles preuves matérielles de l’accident chimique ou de dégager une piste alternative.

Certains ex-salariés proches de la défense récusent l’accident chimique et font valoir que d’autres pistes, notamment la piste criminelle, ont été trop rapidement écartées.

Une adhérente de leur association "Mémoire et Solidarité" souhaite ainsi que l’ancien juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, porteur d’un rapport évoquant "les lacunes de l’enquête", vienne s’expliquer devant la cour.

Certains tenants de l’accident chimique, "Sinistrés du 21 septembre" ou "Familles endeuillées", estiment qu’à défaut de preuve matérielle du mélange fatal, l’industriel pourrait cependant être condamné pour mise en danger de la vie d’autrui.

Le président des "Sinistrés", Jean-François Grelier, compte s’appuyer sur les considérants du premier jugement qui relevait "les défaillances organisationnelles de l’exploitant" et disait sa "conviction que les experts judiciaires (approchaient) de la vérité".

Ce nouveau procès fleuve, impliquant 2.700 parties civiles, 60 avocats et près de 200 témoins, durera quatre mois comme celui de 2009. Il sera lui aussi filmé pour la postérité.

Le président a précisé que les trois premiers jours du procès seraient l’occasion de vérifier la recevabilité des différentes parties civiles et de régler les incidents de procédures.

Source AFP, nouvelobs.com,le 03-11-11.


Nous soutenir

C’est grâce à votre soutien que nous pouvons vous accompagner dans l’ensemble de vos démarches, faire évoluer la prise en charge des victimes par une mobilisation collective, et poursuivre nos actions de défense des droits des victimes de catastrophes et d’attentats.

Soutenir la FENVAC

Ils financent notre action au service des victimes