"Dropped" : deux ans après le crash, où en est l’enquête ?

Les témoignages récents sur l’accident et le rapport technique de l’aviation civile argentine sont les seules réponses apportées aux familles des victimes.

Le village de Villa Castelli est toujours sous le choc. Deux ans après le double crash des hélicoptères de l’émission Dropped, dans lequel ont péri dix personnes, dont les sportifs français Florence Arthaud, Camille Muffat et Alexis Vastine, les habitants comme les familles des victimes attendent encore des réponses. « Je me souviens parfaitement de cette fin d’après-midi, raconte la juge Virginia Illanes, qui s’est retrouvée en charge du dossier dans les tout premiers instants qui ont suivi le crash. [...] Le village a été marqué par cette tragédie. Souvent, quand les habitants me croisent, ils me posent des questions sur l’affaire », raconte-t-elle.

En France comme en Argentine, les familles des victimes attendent toujours que soient identifiés les responsables de l’accident qui a eu lieu au cœur des paysages sublimes de La Rioja. Deux médias français, L’Équipe et BFM TV, apportent de nouveaux éléments dans une procédure qui patine. Les témoignages de deux membres de l’équipe de tournage, révélés par BFM TV, mettent notamment en cause l’état de santé, et donc l’aptitude à voler, des deux pilotes, Rodolfo Abate et Juan Carlos Castillo. «  Le premier pilote avait une ceinture lombaire, et j’ai constaté que le deuxième pilote avait des lunettes à forte correction, ce qui m’a étonné, et il se déplaçait péniblement », explique notamment un des médecins engagés dans le cadre de l’émission.

« Il avait 37 ans d’expérience. Il allait bien physiquement. »

Contactée par Le Point, l’ex-compagne de Juan Carlos Castillo, surnommé « El Pelado » (« le chauve », en espagnol) par ses proches, attend elle aussi des réponses. « On ne m’a donné aucune information sur l’enquête. On nous a simplement remis le corps avec le rapport sur les causes du décès, mais aucune explication sur l’accident », assure Azucena Agüero, qui navigue entre une justice et une police qu’elle qualifie de « mafias ».

Concernant l’état de santé de Castillo, elle réagit avec tristesse : « Cela me fait mal d’entendre cela. C’est injuste, il n’est même plus là pour s’en défendre. [...] Il avait 37 ans d’expérience. Il allait bien physiquement. Oui, il portait des lunettes de confort lorsqu’il était fatigué, à la maison. Mais j’ai volé à plusieurs reprises avec lui et je ne l’ai jamais vu avoir besoin de lunettes en vol », assure-t-elle. D’ailleurs, «  aucun signe d’incapacité d’origine médicale chez les pilotes qui aurait pu avoir une influence sur l’accident n’a été constaté », précise le rapport final de l’aviation civile argentine (la Jiaac).

« L’indélicatesse de jeter l’opprobre sur les pilotes »

El Pelado jouissait en effet d’une réputation de pilote aguerri. Vétéran de la guerre des Malouines, rompu à tous types de missions, du secours de victimes de catastrophes climatiques aux incendies de forêt, en passant par les missions de suivi du Dakar, il comptait pas moins de 6 613,9 heures de vol, dont 773,6 à bord du même type d’appareil (Eurocopter, actuellement Airbus Helicopters, modèle Écureuil AS350 B3, désormais H-125), selon le rapport de la Jiaac.

Dans un texte publié quelques semaines après l’accident, Gustavo Maron, avocat spécialisé en droit aéronautique et proche de Castillo, défendait également le pilote, mettant en cause l’usage privé d’aéronefs publics. «  Il est mort en faisant ce qu’il savait faire de mieux, et ce qu’il aimait le plus. [...] Je ne voudrais pas que les fonctionnaires de La Rioja ou de Santiago del Estero [d’où venait le second hélicoptère, NDLR] commettent l’indélicatesse de jeter l’opprobre sur les pilotes. Ce serait la façon la plus facile de se laver les mains, mais aussi la plus médiocre, car les morts ne parlent pas  », écrivait-il dans un média local.

« Des lacunes dans la planification de l’opération qui a conduit à l’accident »

Juan Carlos Castillo était en charge de la coordination de ce vol en formation, un exercice qu’il avait déjà pratiqué « deux ou trois fois » auparavant, d’après son ex-compagne Azucena Agüero. Le rapport relève toutefois « des lacunes dans la planification de l’opération qui a conduit à l’accident, y compris le fait de ne pas avoir assuré l’utilisation du concept voir et être vu, ou de ne pas avoir effectué de manœuvre évasive en cas de perte de contact visuel entre les deux aéronefs. » Éclatée entre différents pays, plusieurs sociétés de production et d’assureurs, la chaîne des responsabilités est compliquée à établir et les experts de l’aviation civile ont finalement conclu à une conjonction de défaillances ayant conduit au drame.

Reste que le rapport de la Jiaac, technique et sans intention de déterminer les responsabilités, donne des indications sur le déroulement du vol d’après l’analyse des vidéos tournées au sol. « Il est plausible d’affirmer que la nécessité de réaliser des images puisse avoir amené les caméramans à influencer les pilotes ou qu’ils puissent les avoir distraits. Il est aussi probable que, en raison de la position relative entre les aéronefs avant l’abordage, le soleil ait pu avoir une influence sur la visualisation du LQ-FJQ [piloté par Rodolfo Abate et transportant les caméramans et les ingénieurs du son, NDLR] de la part du pilote du LQ-CGK [piloté par Juan Carlos Castillo et transportant un caméraman et les trois sportifs, NDLR]. Au même moment, le pilote du LQ-FJQ n’avait pas de référence certaine de la séparation par rapport au LQ-CGK, car, en plus de la position du caméraman dans la cabine, le CGK s’approchait dans son angle mort.  » Un jargon technique qui sera l’une des seules réponses apportées aux familles endeuillées.

Source : lepoint.fr
Auteur : Anaïs Dubois
Date : 11 mars 2017

Crédit photos : Source : lepoint.fr Auteur : Anaïs Dubois Date : 11 mars 2017

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