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Revue de presse

Au procès de l’explosion mortelle de la raffinerie, 440 000 € d’amendes requis contre Total et Ortec

30/05/2017

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Ce mardi, au cours de la seconde et dernière journée du procès de l’explosion mortelle sur le site de la raffinerie Total survenue le 29 janvier 2009, le procureur de la République de Dunkerque a présenté ses réquisitions (des amendes pour 280 000 € contre Total et 160 000 € contre la société Ortec). Il a aussi demandé deux ans de prison avec sursis pour l’ouvrier. Délibéré le 4 septembre.

Et maintenant ? Après avoir consacré une journée entière à la présentation des faits qui ont conduit à l’explosion dans un atelier sur le site de la raffinerie des Flandres en 2009, provoquant la mort d’un homme, l’audience d’hier était consacrée aux réquisitions du procureur et aux plaidoiries des avocats. L’occasion d’en savoir encore davantage sur le douloureux parcours des victimes et de leurs familles depuis l’accident.

Xavier, par exemple. Salarié de la société Endel, il était à deux mètres de William Verbrugghe quand l’explosion a retenti. Il a été brûlé sur 8 % de son corps, au visage, aux mains. « C’est un terrible préjudice de ne plus pouvoir se servir de ses mains, de ne plus pouvoir mastiquer correctement, raconte Charlotte Catrix, son avocate. Il a dû porter des gants pendant plusieurs mois, il ne peut plus toucher de produits hydrocarbures.  » Elle réclame 15 000 € de dommages et intérêts.

Greffe de peau

Me Brouwer, avocat de la CGT au nom des salariés d’Endel, évoque le cas d’une autre victime, Philippe, mécanicien, père de famille : «  Il avait une vie à peu près normale avant l’accident. C’est fini. Hospitalisé de nombreux mois, on lui a greffé de la peau des cuisses sur son visage. Il a perdu en salaire, il faut le dire aussi. »

Au nom des parents de William Verbrugghe, leur avocat raconte le calvaire, depuis huit ans : «  Depuis, nous ne vivons plus, nous survivons  », relaie-t-il. Tous les avocats de la partie civile accablent Total. « Le pétrolier a créé la situation qui a conduit à l’accident  », estime le conseil des parents du défunt.

Pour l’avocat de l’association Fenvac SOS Catastrophes, « Total a fait du prêt-à-porter sur la réglementation alors qu’il aurait fallu du sur-mesure.  »

David Brouwer met en garde : « Il ne faudrait pas que Freddy Sailly, le chauffeur du camion, soit le bouc émissaire, le lampiste de cette affaire. Pour moi, le plus grave, c’est que Total, sur un site Seveso seuil haut, laisse penser que plus on est grand, moins on en fait.  »

«  Vous ne pouvez pas vous dédouaner  »

Au début de ses réquisitions, le procureur de la République, Sébastien Piève, lance : « Il n’y a pas de fatalité dans ce dossier. La faute à pas de chance, ça ne sera pas avec moi.  » Et s’adressant aux industriels : « Vous ne pouvez pas vous dédouaner. Vous devez vous remettre en cause. »

Pour l’homicide involontaire, il requiert une peine de 100 000 € d’amende pour Total, le propriétaire du site sur lequel a eu lieu l’accident et la même somme pour Ortec, la société de nettoyage industriel qui employait William Verbrugghe, décédé dans l’explosion.

S’ajoute une autre série d’amendes (10 000 € par infraction à plusieurs législations et par victime). Un total de 440 000 € d’amendes a donc été requis.

À l’encontre de Freddy Sailly, également employé d’Ortec, blessé, mais aussi prévenu dans ce dossier, le ministère public réclame deux ans de prison avec sursis.

La relaxe plaidée pour les industriels « irréprochables »

Pour le représentant de la société Ortec, poursuivie comme Total pour homicide involontaire et infractions sur l’hygiène et la sécurité, les formations étaient « parfaitement adaptées, y compris pour Freddy Sailly, le chauffeur du camion. Lui et William Verbrugghe avaient une grande expérience du site de la raffinerie. »

Le directeur général de cette société, dont le siège est basé à Aix-en-Provence et qui affiche 920 millions d’euros de chiffre d’affaires, avance même que l’entreprise possède sa propre école de formation. Pour lui, le jour du drame, «  il aurait fallu que, collectivement – sous-entendu les employés d’Ortec, mais aussi ceux d’Endel, présents dans l’atelier –, la décision soit prise d’arrêter le pompage quand l’odeur anormale d’hydrocarbure s’est fait sentir. » Me Delormeau, avocat, résume : « Cet accident est la conjonction d’une série de huit petites erreurs, mais qui, chacune, n’aurait pas provoqué d’accident.  »

Du côté de Total, dont le représentant, comme celui d’Ortec, adresse « ses pensées aux victimes  », on détaille par le menu les mesures de prévention du pétrolier sur ce genre de site. Son avocat fustige les « conclusions hypothétiques de l’expert  », et martèle : « Aucun manquement ne peut être imputé à Total. »

L’avocate de Freddy Sailly conteste également chaque point reproché à son client : « Il est aussi une victime. » Tous plaident la relaxe.

Source : lavoixdunord.fr
Auteur : B.C.
Date : 30 mai 2017