Après deux semaines de débats, la Cour d’assises spécialement composée de Paris a rendu son verdict vendredi 7 novembre, dans le procès de l’attentat de Romans-sur-Isère, survenu le 4 avril 2020.
L’auteur, Abdallah Osman Ahmed, a été reconnu coupable d’assassinat et de tentatives d’assassinat en lien avec une entreprise terroriste individuelle, avec altération de son discernement, et condamné à 30 ans de réclusion criminelle, assortie d’une période de sûreté des deux tiers.
La FENVAC, partie civile dans ce procès, salue la qualité des débats et espère que cette décision apportera un peu d’apaisement aux victimes et à leurs proches.
Des témoignages poignants,
Cette deuxième semaine d’audience a été marquée par une profonde émotion.
Les proches des victimes et les survivants ont témoigné de l’horreur dont ils ont été victimes le 4 avril 2020 et des séquelles encore vives cinq ans après.
Emmanuelle Blachon, grièvement blessée alors qu’elle décapait la porte de sa maison, a expliqué :
« Il m’a regardée, le visage en sang, puis a baissé les yeux vers son couteau avant de me pousser dans le hall… Le coup qu’il m’a porté à l’artère fémorale est probablement ce qui m’a sauvée. Il a pris la fuite face au sang qui jaillissait. »
Hospitalisée dix jours en plein confinement, elle n’avait pas pu voir ses enfants. A la suite des faits, elle décrit une hypervigilance, un sentiment d’insécurité et une difficulté à retrouver une vie normale. Elle a demandé à la Cour « la vérité et la reconnaissance du caractère terroriste de l’acte ».
Sa fille Perrine et son mari Christophe Blachon ont eux aussi pris la parole :
« J’étais en pyjama, dans ce hall… mon hall… les pieds nus baignant dans le sang de ma mère. »
Ces témoignages, empreints de dignité et de douleur, ont profondément ému la salle. Les proches de Julien Vinson, tué ce jour-là, ont évoqué quant à eux le vide laissé par un fils, un frère, un ami — des récits qui ont rappelé l’ampleur du drame humain.
Les experts psychiatres partagés : entre délire et idéologie
Mercredi, les débats se sont concentrés sur la question cruciale de la responsabilité pénale.
Les experts psychiatres ont longuement discuté de l’état mental de l’accusé au moment des faits, cherchant à déterminer s’il agissait sous l’emprise d’un délire ou d’une idéologie violente.
Le Dr. Touitou a évoqué un épisode psychiatrique aigu aggravé par le confinement :
« Le confinement a entraîné une recrudescence d’hallucinations et de craintes délirantes. » Selon lui, cet état aurait aboli le discernement de M. Osman Ahmed.
Le Dr. Karine Jean, pour sa part, a conclu à une altération du discernement, estimant que l’accusé conservait une certaine conscience de ses actes.
Enfin, le professeur Daniel Zagury a rappelé que dans ce type de situation, il existe souvent une intrication complexe entre, la haine, le délire, l’idéologie et la religion : « Le délire s’abreuve toujours de l’air du temps. »
Des plaidoiries intenses : entre exigence de Justice et appel à l’humanité
Jeudi, les parties civiles ont pris la parole pour défendre la mémoire des victimes et réclamer la reconnaissance du caractère terroriste de l’attaque.
Elles ont salué le courage de ceux qui ont témoigné et rappelé que les blessures psychologiques perduraient.
La FENVAC était représentée par ses deux avocates, Me Belbenoit et Me Servia. Me Margot Belbenoit a plaidé les intérêts de la FENVAC, son action dans le cadre d’attentats terroristes et son accompagnement envers les victimes.
Vendredi, lors de son réquisitoire, le Parquet national antiterroriste (PNAT) a affirmé que l’accusé souffrait bien d’un trouble psychique, mais que la maladie n’expliquait pas tout : « On peut être délirant et terroriste. Il a frappé des personnes pour ce qu’elles représentaient : des mécréants. »
Le PNAT a requis 30 ans de réclusion criminelle, assortie d’une période de sûreté des deux tiers, d’un suivi socio-judiciaire avec injonction de soins et d’une interdiction définitive du territoire français.
La défense, de son côté, a appelé la Cour à la prudence, estimant que l’acte relevait de la folie plutôt que du terrorisme :
« Personne n’attend la décision de la Cour pour savoir si M. Osman Ahmed est coupable, il l’est ». « Juger un fou, c’est briser le pacte humaniste selon lequel tout le monde est égal devant la loi. »
Les deux avocats de la défense ont rappelé que l’accusé « ne s’inscrivait dans aucune entreprise terroriste » et qu’il vivait alors un délire paranoïaque total.
Le verdict : 30 ans de réclusion et reconnaissance du caractère terroriste
Après plus de cinq heures de délibérations, la Cour d’assises spécialement composée a reconnu Abdallah Osman Ahmed coupable d’assassinat et de tentatives d’assassinat en lien avec une entreprise terroriste individuelle, avec altération du discernement.
Il a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle, dont deux tiers de sûreté, ainsi qu’à :
– L’interdiction définitive du territoire français,
– Une peine d’inéligibilité,
– L’interdiction de port d’arme,
– Et l’inscription au fichier des auteurs d’infractions terroristes.
La FENVAC salue la qualité des débats et le courage des victimes
La FENVAC, présente tout au long du procès, salue la qualité des débats et la rigueur de la décision rendue.
Ce verdict, équilibrant reconnaissance du caractère terroriste et prise en compte de la maladie mentale, marque la fin d’un long parcours judiciaire pour les victimes.
Cette semaine d’audience aura rappelé que derrière les procédures et les expertises, il y a des vies brisées, des familles en quête de sens, et une société qui cherche encore à comprendre l’incompréhensible. Nous espérons que cette décision apportera un peu de confort et d’apaisement aux victimes et à leurs familles.





