Le soir du 10 novembre 1993, il bruine sur l’A10 lorsqu’un poids lourd britannique s’arrête sur la bande d’arrêt d’urgence : un feu s’est déclaré au niveau d’un pneu de sa remorque. Le chauffeur tente d’éteindre l’incendie avec de l’eau puis un extincteur : ses efforts ne suffisent pas. Le caoutchouc brûlant dégage une épaisse fumée noire qui envahit rapidement la chaussée, déjà rendue glissante par la pluie. Dans cette visibilité quasi nulle, un camion-citerne arrivant derrière freine brutalement ; il s’immobilise « en portefeuille » sur la voie de droite, bloquant la circulation. Dès lors, plusieurs voitures s’encastrent, un second camion s’engouffre dans la file, percute des véhicules déjà accidentés, provoquant un incendie. Au total, six poids lourds et quarante-six voitures sont impliqués dans l’amas de tôle et de flammes. La scène est qualifiée de « piège inévitable » par de nombreux prévenus devant le tribunal, tant la combinaison pluie + fumée + visibilité nulle a rendu l’évitement impossible.
Quinze personnes ont perdu la vie et une cinquantaine ont été blessées. Les secours, confrontés à un amas de tôles calcinées, ont œuvré toute la nuit pour extraire les victimes. L’identification des corps s’est révélée particulièrement difficile, plongeant les familles dans une attente insoutenable. Cet accident, l’un des plus meurtriers de la décennie sur autoroute, a profondément marqué les esprits par son ampleur et la brutalité des circonstances.
L’enquête judiciaire, longue et douloureuse, a cherché à déterminer la chaîne exacte des responsabilités. Plusieurs conducteurs, parmi eux des personnes ayant elles-mêmes perdu des proches dans le drame, ont été mis en examen. Pour ces victimes déjà meurtries, cette mise en cause a ajouté une souffrance à la douleur du deuil. Les jugements successifs ont abouti à des condamnations modestes, parfois à des relaxes, reflétant la difficulté d’établir les fautes dans un drame collectif où la pluie, la fumée et la panique ont tout confondu.
Plaque commémorative présente sur l’autoroute A10
Trente-deux ans plus tard, les souvenirs restent gravés dans les mémoires et sur une plaque, le long de l’autoroute A10. Nous avons une pensée particulière pour toutes les victimes, leurs proches, les blessés, les rescapés, comme Yann Meheux, aujourd’hui vice-président de notre association, qui fut directement impliqués dans cette tragédie.
Ne les oublions pas.





