Hommage aux victimes du terrorisme : "cet appel est le vôtre et aujourd’hui il m’engage."

Le 19 septembre 2012 s’est tenu aux Invalides l’hommage national aux victimes du terrorisme. Cette cérémonie annuelle a été créée par l’association SOS Attentats, dont la la fondatrice Mme Françoise RUDETZKI est aujourd’hui déléguée au terrorisme de la FENVAC SOS Catastrophes & Terrorisme.

Sous la présidence de M. François Hollande, président de la République, et en présence de nombreuses autorités civiles, religieuses, diplomatiques et militaires, cette cérémonie a été pour les victimes un temps de mémoire et de témoignages autour de la statue-fontaine "Parole portée".

Après avoir entendu les différents témoignages, le Président de la République a conclu son discours par cette phrase : "cet appel est le votre et aujourd’hui il m’engage".

Répondant à notre invitation, étaient présents aux côtés des centaines de victimes et de leurs proches : le Général Hervé Charpentier, Gouverneur Militaire de Paris, M. Kader ARIF, ministre délégué auprès du Ministre de la Défense, chargé des Anciens combattants, Mme Hélène CONWAY, Ministre déléguée auprès du Ministre des Affaires étrangères, chargée des Français de l’étranger, M. Dominique Baudis, Défenseur des Droits, M. Christian Vigouroux, directeur de cabinet du Garde des Sceaux, M. Bernard Boucault, Préfet de Police de Paris, Mme Anne Hidalgo, Mairie de Paris, M. Michel Jau, Préfet des Yvelines, M. Jean-Pierre Plancade, Sénateur de la Haute-Garonne, Dr. Richard Prasquier, Président du CRIF, M. Pierre Besnainou, Président du Fonds social juif unifié (FSJU), Monsieur Yossi Gal, Ambassadeur d’Israël. Mark Taplin, Chef de Mission Adjoint à l’Ambassade des Etats Unis, Mme Angela Girard, Secrétaire aux Affaires politiques à l’ambassade des Etats-Unis, Dr. Dalil Boubakeur, Recteur de la Mosquée de Paris (excusé), M. Hassen Chalghoumi, Imam de la mosquée de Drancy, M. Nourdine Mlanao, Président du CNDR (Conseil National Diversité Républicaine), Monseigneur Luc Ravel, Evêque aux Armées, représentant le Cardinal André Vingt-Trois, M. Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France, M. Alain Goldmann, Grand Rabbin du Consistoire de Paris, M. Claude Baty, Pasteur, Fédération des protestants, M. Haïm Korsia, Grand Rabbin, aumônier général des armées
M. Joël Mergui, Président du Consistoire central israélite de France, Maître Elie Korchia, Vice Président du Consistoire israélite de France, Dr. Arié Bensemhoun, Président de l’ACIT (Communauté Juive de Toulouse et des Pays de la Garonne), M. Christian Flaesch, Directeur de la Police judiciaire, M. François Molins, Procureur général de Paris, M. Olivier Christen, Vice-Procureur, chef de la section anti-terroriste, Mme Juliette Le Borgne, Vice Procureur, M. Voulleminot, sous-directeur chargé de l’antiterrorisme à la DCPJ, M. Marc Trévidic, Juge d’instruction, TGI de Paris, M. Gilbert Thiel, ancien juge d’instruction, Mme Janine Drai,1ere Vice-Présidente du TGI de Paris, M. Dominique Loriferne, Président du Fonds de garantie (FGTI), M. Françoise Werner, Directeur du FGTI, Maître Marc Ceccaldi, membre du Conseil d’Administration du FGTI, M. François de Mazière, maire de Versailles, Général Bertrand de la Presle, UBFT, Dr Didier Cremniter, Directeur des CUMP, M. Philippe Labbé, Médiateur de la RATP, représentant M. Pierre Mongin, PDG de la RATP, M. Stéphane Volant, Secrétaire Général de la SNCF, représentant M. Guillaume Pépy, Président de la SNCF, M. Alain Marsaud, ancien magistrat

Etaient également présentes les associations amies : Otages du Monde, Copains d’Egypte, Mouvement pour la Paix et contre le terrorisme.

La FENVAC-SOS Catastrophes & Terrorisme remercie tout particulièrement :

- l’ONAC et le "Bleuet de France" pour leur participation au financement du verre de l’amitié organisé à l’issue de la cérémonie.

- les Etablissements Henri de Borniol et plus particulièrement M. Patrick Guichot pour son précieux concours
dans l’organisation du protocole de cette cérémonie.

- M. Michel Pourny qui, fidèlement chaque 19 septembre, prend des centaines de photos de la cérémonie, un diaporama sera réalisé très prochainement.

- le Cercle Sportif de l’Institution Nationale des Invalides (CSINI), Présidé par le Commandant Gaëtan de la VERGNE qui a prêté la le gymnase de l’association pour accueillir le verre de l’amitié organisé à l’issue de la cérémonie.

Outre le Président de la République, se sont successivement exprimés Mme Latifa Ziaten, M. Albert Chennouf, M. Samuel Sandler, Mme Marie-Pierre Macia, Mme Isabelle Dewailly, M. Philippe Rouault, Mme Françoise Rudetzki, Mme Danièle Klein et M. Guillaume Denoix de Saint Marc, respectivement présidente et directeur de l’AfVT.org, association co-organisatrice avec la FENVAC de cette cérémonie.

La vidéo complète de la cérémonie est disponible sur le site de France 3 région Midi Pyrénées.

Nous reproduisons ci dessous les discours de M. le Président de la République et de plusieurs autres intervenants.

Attention : la reproduction des photos et des textes des discours autres que celui du Président de la République sont soumis à autorisation préalable (nous écrire à federation@fenvac.org)
Seul le prononcé fait foi.
Cet article sera complété dans les prochains jours avec des photographies de la cérémonie.


Discours de M. François HOLLANDE, Président de la République

Madame, Monsieur les ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires et élus,
Mesdames et Messieurs les plus hautes autorités civiles et militaires,
Madame et Messieurs les Ambassadeurs,
Madame la déléguée,
Monsieur le directeur général,
Mesdames, Messieurs,

Comment ne pas être bouleversé par cette succession d’interventions d’hommes et de femmes blessés dans leur chair, victimes ou parents de victimes, qui expriment à la fois leur peine, leur douleur, avec une dignité et avec une force qui leur permettent aussi de se tourner vers le futur avec confiance, avec aussi cette sérénité exigeante par rapport à la justice, à la République et à ce qui peut être attendu de la démocratie ?

C’est un souvenir d’un attentat odieux qui nous réunit aujourd’hui. Mais à travers lui, au-delà de lui, c’est le souvenir de toutes les victimes du terrorisme. Il y a 23 ans, jour pour jour, le 19 septembre 1989, le vol 772 d’UTA explosait en plein vol au-dessus du désert du Ténéré. 170 morts. 54 Français.

Le temps qui passe n’efface ni le poids du deuil, ni la douleur des familles, et encore moins l’exigence de justice. Les responsables de ce crime abject, qui sont désormais connus, devront répondre de leurs actes : la République, et j’en prends ici l’engagement, les pourchassera aussi longtemps que nécessaire pour les traduire devant leurs juges.
A l’occasion de cette journée, je veux honorer, au nom de la France, toutes celles et tous ceux qui furent les victimes du terrorisme, leurs proches, les parents, les orphelins, qui affrontent une perte cruelle. J’ai entendu tous ces récits, tous ces témoignages. Je ne les oublierai jamais.
Je veux dire à tous la solidarité de la Nation que je représente ici devant eux.

Le terrorisme, cette haine qui s’en prend à des civils désarmés, cette violence qui s’attaque à des femmes, à des enfants, à des hommes au hasard, est une ignominie. Et ce terrorisme se place lui-même en-dehors de l’humanité.

Notre pays, la France, a été à plusieurs reprises cruellement frappé. Les noms de ses victimes, sont inscrits à jamais dans notre mémoire. Rien que pour ces derniers dix-huit mois, le cortège des drames est effroyable.

Au Niger, en janvier 2011, Vincent DELORY était assassiné, avec son meilleur ami, Antoine de LEOCOUR, qu’il rejoignait pour son mariage.

Peu de temps après eux, Marie DEDIEU, enlevée au Kenya, était tuée par des barbares. Sans aucun égard pour son âge, pour son handicap, ils ont même poussé jusqu’à l’infamie retenant son cadavre en otage.

Au café Argana, à Marrakech, en avril 2011, huit de nos compatriotes étaient emportés par une bombe. Ils s’appelaient Cathy LOMBARD, Jean AUBERT, Marie-Christine BOHIN, Salomé GIRARD, Angélique GAUTIER, Maude SOMBRET, Eric ASNAR, Camille DEWAILLY.

Camille avait dix ans.

Car le terrorisme s’en prend aux enfants. Pas seulement sous l’effet d’une rage aveugle. Parce que pour lui, les enfants sont des cibles.

Il y a six mois, à Toulouse, le 19 mars 2012, un homme qui, l’avant-veille, avait tué trois soldats français : le maréchal des logis chef Imad IBN ZIATEN, le caporal Abel CHENNOUF, le soldat de 1ère classe Mohamed LEGOUAD et blessé grièvement un quatrième : le caporal Loïc LIBERT, qui souffre encore, ce terroriste tirait à bout portant sur cinq personnes, dans une école juive. Parmi les victimes, trois avaient moins de dix ans : Myriam, Gabriel et Arieh. Assassinées avec Jonathan parce que juifs.

Ils rejoignent dans notre souvenir David GRITZ, étudiant parisien assassiné en 2002, à l’université hébraïque de Jérusalem.

A la mémoire de ces Français assassinés, j’associe toutes les femmes, tous les hommes, partout dans le monde, du Caire, c’était en 2009, à Kaboul, c’était en 2010, mais aussi sur notre propre sol. Oui j’associe toutes ces femmes, tous ces hommes que le terrorisme a tués et leurs familles qui ont été meurtries à jamais. J’ai en cet instant une pensée particulière pour Maurice RUDETZKI, blessé en 1983, lors de l’attentat du Grand Véfour, en même temps que sa femme Françoise. Il nous a quittés au début de l’été, vingt-neuf ans après l’épreuve qui a marqué tout le reste de son existence.

Face au terrorisme, la France tout entière a des devoirs, et je vais les rappeler ici devant vous.
Le premier devoir, c’est le souvenir. Rien ne serait pire que d’ajouter le silence à la peine. Ce monument, érigé par vos associations est une arme pacifique contre l’oubli. C’est un lieu de mémoire que la France tout entière doit honorer.

Le second devoir, c’est de venir en aide aux victimes et de reconnaître leur souffrance. Vos associations accomplissent un travail remarquable pour faire entendre les voix des blessés, des endeuillés, et pour leur apporter, le réconfort et le soutien nécessaires.

Je prends ici l’engagement que des moyens nouveaux vous seront apportés. Je sais le rôle qui est le vôtre pour que les victimes d’attentats terroristes soient reconnues comme victimes civiles de guerre. L’Etat continuera de travailler avec vous pour simplifier les démarches. Il sera aussi présent auprès de toutes les familles des otages et j’engage le Gouvernement à examiner les modalités d’un accompagnement financier de ces familles pour leurs démarches. De même, il conviendra de faire bénéficier de la protection juridique toutes les familles des victimes d’attentats.

Mais nous avons aussi un autre devoir, c’est le devoir de vérité. Dire la vérité, rechercher la vérité, faire connaitre la vérité, notamment sur les procédures en cours. La République, en mon nom, vous assure de la transparence la plus entière. Le secret ne devra s’appliquer que lorsque les intérêts fondamentaux de la Nation sont menacés. La justice travaillera en toute indépendance pour que tout soit fait sur chaque procédure pour aller jusqu’au bout, rechercher les auteurs et les traduire devant leurs juges. L’Etat sera toujours à vos côtés pour qu’aucune des familles ne se sente rejetée d’une procédure qui puisse la concerner. Et que chacune, chacun, puisse connaitre tout des conditions qui ont conduit à l’épouvante.

Enfin, le dernier devoir de la Nation, c’est la vigilance et la lutte sans concession contre le terrorisme. Rien ne peut le justifier. Rien. Les assassins cherchent toujours à s’abriter derrière une cause. C’est une lâcheté supplémentaire car en réalité ils la souillent, cette cause, et l’offensent en prétendant la servir. Albert CAMUS le disait ainsi : « Quelle que soit la cause que l’on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d’une foule innocente. »

Ce que vise fondamentalement le terrorisme, ce qu’il cherche à affaiblir, à atteindre, à anéantir, au-delà des vies qu’il frappe, c’est la démocratie. C’est la liberté. C’est le droit et la possibilité pour chacune, pour chacun de penser comme il veut, de s’exprimer comme il l’entend. Et pour atteindre ses fins, le terrorisme nous tend des pièges, nous les connaissons : ils ont pour noms la peur, la division, le renoncement.

La peur, ce serait le refus d’agir, la tentation de céder à tous les chantages, à toutes les pressions, à toutes les menaces. Elles existent aujourd’hui. La liberté, la laïcité, la dignité ne se négocient pas et ne se négocieront jamais.

Le second piège c’est la division. Le terrorisme cherche à déchirer les peuples, à mettre en opposition les cultures, à entretenir des guerres de religion. Les religions doivent être respectées dans notre République. La lutte dans laquelle le terrorisme veut nous entraîner, ce n’est pas une guerre entre les civilisations, c’est une guerre contre toutes les civilisations.

Enfin, le dernier piège ce serait le renoncement, céder sur les valeurs de la République alors que ces valeurs sont notre honneur et même notre bouclier. Notre démocratie sera toujours plus forte que ses ennemis. Elle les combattra sans jamais rien renier d’elle-même. L’Etat implacable, reste et restera l’Etat de droit.

« L’Etat de droit, ce n’est pas l’Etat de faiblesse ». Avec le terrorisme, il n’y a pas de compromis possible. Aucun. Jamais.

Nous sanctionnerons, démantèlerons et détruirons, sans répit et sans faiblesse, les réseaux terroristes. Et nous combattrons tous ceux qui, idéologiquement, les entretiennent ou qui les accueillent, ou les financent.

L’action doit être conçue à l’échelle du monde. Tous les continents sont concernés par le terrorisme.

Aujourd’hui, particulièrement l’Afrique, au Sahel, où des groupes se sont structurés, se dotant de moyens tirés de multiples trafics. Avec comme but de déstabiliser l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest ; mais l’Afrique de l’Est est également touchée - la Somalie, le Kenya - et nos ressortissants sont eux aussi visés. Tous les pays doivent s’organiser et combattre ensemble le terrorisme.

La France est pleinement engagée pour faire progresser la coopération sur ce sujet. A la fin de l’année, notre pays aura ratifié l’ensemble des douze conventions des Nations Unies destinées à prévenir et à combattre le terrorisme.

Nous mettrons en place tous les outils afin de coordonner les moyens de prévention, à travers des équipes communes d’enquêtes réunissant des forces de police et des magistrats des pays qui veulent s’engager avec nous.

Le mandat d’arrêt européen permet d’interpeller les auteurs d’actes terroristes et d’obtenir qu’ils soient jugés plus rapidement. Le délai d’intervention, qui était de plusieurs mois, est désormais de douze jours.

La France s’est investie récemment, enfin, avec de nouveaux partenaires —les Etats-Unis, l’Espagne — pour que le développement de l’entraide pénale internationale ne permette plus d’échapper à la justice, c’est-à-dire à la sanction.

Mais je veux aussi m’engager à l’échelle nationale, à l’intérieur de nos frontières.
Notre arsenal juridique est imposant, il doit, chaque fois qu’il est nécessaire, être adapté et amélioré. Le ministre de l’Intérieur présentera, prochainement, un projet de loi tirant toutes les conséquences des drames de Toulouse et de Montauban. Il nous permettra de rendre plus efficace encore notre lutte contre toutes les formes de terrorisme, même les plus élaborées. Il permettra d’étendre la compétence de nos juridictions à des actes commis à l’étranger par des ressortissants français.

Voilà la volonté de l’Etat.

Mesdames, Messieurs,

Le terrorisme a pris les vies de vos proches, de vos enfants, de vos parents. Il a dévasté les vôtres.

Chaque fois, c’était la France et ce qu’elle représente qui était visée. Elle vous doit donc, la France, en retour la plus grande solidarité.

Elle ne doit rien oublier des victimes d’hier pour protéger encore davantage nos concitoyens aujourd’hui. Cette mission est la nôtre. C’est celle de l’Etat. Mais je souhaite que chaque Français y prenne sa part, et que cette cause de la lutte contre le terrorisme, soit servie par une unité nationale sans défaut. Parce que cette unité nationale est notre bien le plus précieux.

La cérémonie d’aujourd’hui est un hommage mais je l’ai conçue aussi comme un appel, l’appel que vous avez lancé. Je vous ai tous entendus. Un appel pour que la vérité soit faite, pour que la justice soit rendue, pour que la responsabilité soit établie.

Cet appel est le vôtre et aujourd’hui il m’engage.

Merci.


Discours de Mme Latifa IBN ZIATEN, mère d’Imad, tué à Toulouse le 11 mars 2012.

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Je suis devant vous aujourd’hui pour vous parler de mon fils, le Maréchal des Logis-Chef Imad Ibn Ziaten, qui était un soldat de la République, fier de servir son pays, et qui a été tué à Toulouse le 11 mars dernier par Mohamed Merah.

Comme toutes les autres victimes, Imad est un « mort de trop ».
En tant que soldat, Imad était conscient que partir en mission veut dire être exposé au danger, ailleurs, pas en France, ici, nous vivons en paix. Il n’y a plus de guerre en France depuis longtemps.

Imad est mort sous les coups de Mohamed Merah, un homme qui parlait de religion mais n’avait aucune idée de ce que signifie ce mot. Il représentait la folie meurtrière, il prétendait tuer au nom de l’Islam, et c’est là une chose INACCEPTABLE.

Il ne faut pas croire ceux qui disent que Mohamed Merah était un combattant de l’Islam, parce que, aujourd’hui en France et partout ailleurs dans le monde, les Musulmans ne veulent tuer personne. Lorsque le terrorisme frappe, ce sont au souvent eux qui tombent les premiers, parce que d’autres Musulmans croient qu’ils peuvent tuer leurs frères au nom de la religion, mais c’est FAUX.

Nous sommes comme les gens de toutes les autres religions, les Chrétiens, les Juifs et tous les autres. Nous avons besoin d’éducation, de sécurité, d’estime, pour nous épanouir dans une République que nous respectons autant qu’elle doit nous respecter.

Je suis musulmane, croyante et pratiquante. Je témoigne donc que ma religion n’a rien à voir avec ce qu’en disait Merah.

En France, la loi impose le respect de l’autre et de ses convictions. C’est bien ce que j‘ai appris à mes enfants au nom de la République. C’est aussi ce que m’ont appris ma mère et ma grand-mère au nom du Coran.
Je suis venue du Maroc en France à l’âge de dix-huit ans. J’ai eu cinq enfants, ici en France. Je les ai élevés dans le respect de leur religion ET de la République. J’ai travaillé dur pour qu’ils ne manquent de rien et qu’ils deviennent de bons citoyens. Imad, qui était soldat, était ma fierté, comme le sont tous ses frères et sœurs qui sont aujourd’hui des fonctionnaires de l’Etat.

Avec toute la souffrance et la douleur que je ressens depuis la perte d’Imad, et que nous ressentirons, moi et ma famille, toute notre vie, j’ai crée l’association "Ibn Ziaten, pour la jeunesse et la paix" à travers laquelle je verrai mon enfant grandir. L’association souhaite participer à l’éducation, à la citoyenneté et lutter contre toutes les formes de racisme et de discrimination.

Dans les prisons, nous voulons sensibiliser les prisonniers aux dangers des dérives du fanatisme religieux.
Ernest Renan disait « La plus belle sépulture des morts est la mémoire des vivants », et nous voulons, nous devons, aller plus loin encore, et reconnaître qu’il y a URGENCE.

Un seul Merah, c’est déjà trop.

Je ne veux pas qu’il y ait D’AUTRES Merah. Je ne veux pas que d’autres mamans souffrent comme je souffre aujourd’hui. Cette souffrance, je la porterai toute ma vie et je ne veux pas que quelqu’un d’autre puisse connaître encore la même chose.

S’il y a eu UN Mohamed Merah, alors il peut un jour y en avoir un autre. Dans les quartiers les plus déshérités de nos villes, ils sont nombreux, TROP nombreux, ces jeunes à la dérive, abandonnés à leur sort.
Je suis allée à Toulouse pour voir le lieu où est tombé mon fils. Je suis allée dans les cités, j’ai parlé à des jeunes, et ça n’a pas été facile tout de suite. Pour ces jeunes livrés à eux-mêmes, Merah était un héros, un martyr de l’Islam. Un de ces jeunes me le répétait avec insistance, me jetant un regard froid, comme assassin. Mais quand je lui ai dit : « Je suis la maman du premier soldat tombé à Toulouse », son attitude a changé du tout au tout. « Je suis désolé, Madame, je ne savais pas qui vous étiez ». C’est ce qu’il m’a dit, mot pour mot.

Ces jeunes me l’ont dit eux-mêmes, ils ne savent pas qui peut les aider. Je leur ai promis que je reviendrai à Toulouse, et aujourd’hui, ils m’attendent. C’est ce qu’ils m’ont dit quand je les ai quittés.

Il y a URGENCE ! Nous ne pouvons pas continuer à laisser ces jeunes à l’abandon, ils ont besoin d’aide, il FAUT les aider TOUT DE SUITE.

L’Islam n’est pas une religion de haine ou de guerre. Ceux qui le disent pour tuer d’autres gens innocents vous mentent, et ceux qui le disent pour que vous ayez PEUR des Musulmans, eux aussi, ils vous mentent. Je suis musulmane, je pratique ma religion, je porte un voile, mais je suis aussi Française, je respecte la République laïque, je n’ai pas à faire un choix entre l’un et l’autre. Je me prépare à partir en pèlerinage à La Mecque, et quand je rentrerai chez moi, ce sera ici en France. Mon père, c’est la France, ma mère, c’est le Maroc et je les aime autant l’un que l’autre.
Pour aider ces jeunes à voir les choses de la même façon que moi, j’ai besoin de votre soutien. Avec vous, nous réussirons, et plus jamais la France et d’autres pays ne connaîtront un autre Mohamed Merah.

« Pour la jeunesse et la paix », Merci à tous.


Discours de M. Albert CHENNOUF, père d’Abel CHENNOUF, tué le 15 mars 2012 à Montauban.

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Abel, mon enfant, mon fils, le soldat jeune caporal arraché à la vie trop tôt, 25ans, qui attendait avec émerveillement et impatience la venue d’un petit garçon qui est né un mois et demi après sa mort.

Il aimait son métier malgré mon opposition à son engagement dans l’armée, en vain, car je manquais sans doute d’arguments valables et convaincants, mais je me suis fait à l’idée en respectant son choix.

En juillet 2008, il a embarqué pour la vallée de la Kapisa en Afghanistan. Il était d’ailleurs dans le même avion qui transportait ses camarades tombes à Usbin.

En décembre 2008, il est rentré fier et avait muri. 22 ans tout juste…
Quelques semaines après, il s’installe à Montauban avec Caroline qu’il a connu chez moi.

Le lendemain de mes 60 ans, un coup de fil vient subitement anéantir 35 ans de bonheur.

Mon épouse Katia, évite la foule consacre son temps libre et ses weekends à se recueillir sur la tombe de son fils, son chouchou , notre bâton de vieillesse. « Ses appels du vendredi me manquent " me dit-elle.

Mon unique but est que la République fasse le nécessaire pour qu’Abel et les autres victimes des Mérah ne soient pas versés dans la case perte et profit.

La République s’honorera et la Nation vous saura gré en permettant à la vérité de voir le jour pour que nos enfants, vos enfants, les enfants de la République puissent dormir en paix.

En conséquence, j’en appelle au pouvoir public de tout mettre en œuvre afin que la vérité soit connue et la justice rendue. Je vous interpelle solennellement afin de mettre tous les moyens à la disposition des 3 juges chargés de l’instruction pour qu’ils fassent leur travail dans la sérénité et sans entraves.

Personnellement je les remercie tous les 3, malgré les tapages médiatiques qu’ont générés ces actes criminels. Ils tiennent le cap.

Je ne suis animé d’aucune rancoeur, ni par la haine, ni la revanche. Parfois, sans doute trop de choses me paraissent difficilement compréhensibles, ou alors ne vont pas assez vite. Il faut vous aussi comprendre notre épreuve, nos angoisses, nos doutes et nos craintes. Cependant, j’ai confiance en mon pays, sa justice et la République.

Nous habitons une maison qui n‘est plus éclairée depuis le 15 mars de cette année. En rendant justice, on ne nous rendra pas Abel mais nous pourrons voir le futur avec clarté. C’est notre cri.

M. le Président, Mesdames, Messieurs, la vie n’a de prix que par la révélation de la vérité.

Merci à mes conseils.
Merci à Françoise et Stéphane.
Merci à tous ceux qui nous soutiennent


Discours de M. Samuel SANDLER, père de Jonathan et grand père de Gabriel et Arié, tués le 19 mars 2012 à l’école Ozar Hatorah de Toulouse

"Monsieur le Président de la République
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités civiles, diplomatiques, militaires et religieuses,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Comme les garçons de ma génération, je suis né peu après-guerre, enfant je jouais aux soldats de plomb. Parmi eux figurait un Horse Guard rouge , mes parents m’avaient demandé d’en prendre plus particulièrement soins.

Il avait appartenu à mon cousin Jeannot.

Jeannot habitait Saint Adresse près du Havre, avec ses parents et ma grand-mère Pauline.

Un matin de mars 43, la famille est arrêtée. Jeannot, 8 ans est conduit d’abord à Drancy puis vers l’endroit où selon la formule de Malraux, l’homme donne des leçons à l’enfer : Auschwitch Maidaneck .

C’est ainsi qu’à l’âge où l’on joue aux soldats de plomb, j’ai pris conscience que pour certains les enfants de religion juive n’ont pas le droit à la vie.

Des années durant, l’arrestation, la déportation de Jeannot ne quittaient pas mon esprit…

Mais la guerre était passée,

La République rétablie.

Il n’y avait de meilleures protections et de rempart face aux crimes racistes que l’idéal républicain inscrit aux frontons des établissements publics et des écoles : Liberté, Égalité, Fraternité

Il y a de cela 6 mois jour pour jour, ces valeurs de notre république ont été bafouées dans le sang et la boue.

Ce lundi 19 mars, vers 8 heures, un coup de fil de ma belle-fille Eva m’annonce l’assassinat de Jonathan, mon fils, de ses deux enfants Arié et Gabriel, ainsi que la petite Myriam Monsonego.

Tous les quatre attendaient la navette devant conduire les petits à leur école.

L’impensable s’est à nouveau produit, en France, à Toulouse des enfants sont assassinés en pleine rue, parce que juifs, ils croyaient avoir le droit de vivre…

Plus tard, on apprendra que l’assassin n’en était pas à son premier crime, il avait quelques jours plus tôt abattu de sang-froid trois soldats : Mohamed Legouad , Abel Chennouf et Imad Ibn Ziaten.

Comme pour mon cousin Jeannot je passerai le reste de mes jours à m’interroger sur les derniers instants de leur vie, leur pensée en face du mal absolu, cette interrogation sans réponse constitue une souffrance que je ne souhaite à personne.

Jonathan aimait Toulouse, il n’y été retourné que depuis à peine 6 mois, il voulait dispenser à ses élèves, à travers sa perception religieuse, l’amour d’autrui.

Le temps atténue les souffrances dit -on… Pour les proches que nous sommes, je ne le crois pas…

Avril était vite arrivé, les 6 ans d’Arié jamais fêtés.

Dans une quinzaine de jours, nous nous serions tous retrouvés autour de Gabriel, comme nous l’avions fait l’an passé pour ses 3 ans.

Peut-être soufflera-t-il sa 4e bougie, entouré de Jonathan, Arié et Jeannot, dans un monde meilleur…

Puisse cette cérémonie du 19 septembre ici aux Invalides, devenir celle du souvenir, de la mémoire et jamais plus du témoignage.

« Plus jamais ça ! », répétions-nous après la Seconde Guerre mondiale


Discours de Mme Isabelle Dewailly, victime de l’attentat de Marrakech du 28 avril 2011

Survivante de l’attentat du Café Argana à Marrakech le 28 avril 2011, je viens ici pour vous donner mon témoignage et ma volonté d’avancer pour la mémoire de notre petite fille Camille, victime innocente âgée de 10 ans.

J’associe à ce témoignage les familles des 16 autres victimes.
Je pense particulièrement aux familles d’Angélique, de Cathy et de Jean,
d’Eric et de Maud, de Salomé et de Marie-Christine.

Sur la célèbre place touristique Jemaa El Fna, 17 personnes ont perdu la vie et d’autres sont encore lourdement blessés.
Chaque jour nous pensons à Camille, à l’attentat, au Bonheur « tué ».

Quel beau rêve nous réalisions avec nos trois enfants …...
Le bonheur ……..

Puis soudain, L’explosion …….

Notre rêve s’est transformé en cauchemar dont on ne se réveillera jamais.

Je tiens encore à remercier les secours : les serveurs du café Argana, les personnes anonymes venues à notre secours, le personnel hospitalier, le peuple marocain, le consulat français de Marrakech ainsi que les autorités marocaines et françaises.

Rapatriés dans les hôpitaux de Lille, le 3 mai 2011, nous savions que la vie continuait … différemment.
Une vie de bonheur avant le 28 avril 2011.
Une nouvelle vie d’incertitude après le 28 avril 2011.
Meurtris physiquement et psychologiquement, nous devions avancer.

Est venu le temps du procès de septembre 2011 à février 2012, à Rabat :
une justice rapide, un symbole de la lutte contre le terrorisme.

Nous avons alors vécu des moments difficiles face à l’arrogance des accusés.

Nous avons découvert une nouvelle famille : la famille des Victimes de l’Argana

Chacune avec son combat, chacune avec ses différences, chacune avec ses drames …

De nouvelles rencontres riches en échange.

Mais surtout beaucoup de tension, d’amertume, de révolte, en regard de ce que nous donne maintenant la vie :

Un attentat. Pourquoi ?
Les deux principaux terroristes prisonniers … à vie
Des blessés prisonniers de leur corps … à vie
Et nos chers disparus … à vie

En février 2012, une première stèle en mémoire d’Angélique Gauthier et des victimes françaises de l’attentat est érigée à Saint-Germain sur Avre par les habitants du village. Calme et recueillement, dans la campagne enneigée sous les rayons du soleil d’hiver.
La pureté, la blancheur de la neige pour nos victimes…. innocentes.

Le 28 avril 2012, toutes les familles des victimes (françaises, marocaines, suisses, canadienne, portugaise, anglaise, hollandaise …) sont invitées à la première cérémonie de commémoration à Marrakech .
Nos familles ont été parties prenantes dans l’organisation de cette cérémonie, épaulées par l’Association française des victimes du terrorisme, par le Quai d’Orsay et par le consulat français de Marrakech.
Une cérémonie très officielle…loin du calme espéré par nombre d’entre nous.
Pourtant, nous voulions ce lieu de mémoire : une stèle comportant le nom des 17 victimes … pour que le monde n’oublie jamais nos êtres chers … innocents … . victimes de la folie humaine : un attentat ! Pourquoi ?

Aujourd’hui, la vie continue, les familles ont retrouvé un peu de sérénité :
L’Etat français nous a accompagnés dès les premiers jours, puis lors du procès et lors de la cérémonie de commémoration.
Les auteurs de l’acte terroriste ont été arrêtés.
Un lieu de mémoire est créé sur la place Jemaa el Fna.

Pourtant notre combat n’est pas terminé : nous vivons avec un corps et un esprit mutilés….à reconstruire. En parallèle se posent les questions d’indemnisation ….qui ne pourront amoindrir notre peine.

En juillet 2012, notre fils Bastien a eu la chance de participer à une rencontre internationale de jeunes de 15 à 20 ans victimes d’actes terroristes. Quatre jeunes français avaient fait le déplacement à Boston, accompagnés de Guillaume De Saint Marc.
Les temps d’échange lors du Common Bond ont beaucoup apporté à notre fils : il a partagé son vécu avec d’autres jeunes ayant un passé commun. Nous, adultes, avions eu l’occasion d’essayer de nous délivrer de nos inquiétudes, de notre peine lors des multiples déplacements pour le procès.
Pour notre fils, ce fut un nouveau pas important l’aidant à se reconstruire, à grandir, à reprendre confiance.

Notre petite fille Camille, 10 ans, était une petite fille heureuse de vivre, profitant toujours intensément de la vie et soucieuse du bonheur des autres.
La question qu’elle posait sans cesse était : « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? ….On fait quoi ?.... »

A cette question, mon mari et moi lui répondons :
Un attentat ! Pourquoi ?

Nous sommes des victimes innocentes et nous devons avancer.
Que tous les souvenirs de bonheur passés avec toi soient les racines de notre avenir.

Camille, tu nous manques beaucoup.

Nous gardons de toi un merveilleux souvenir.

A nous de rendre notre vie aussi belle que tu la méritais.


Discours de M. Philippe ROUAULT, victime de l’attentat de la rue Marboeuf
le 22 avril 1982 en hommage à M. Maurice RUDETZKI

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Chers amis,

J’étais un jeune coursier de 18 ans, quand ce matin maudit du 22 avril 1982, j’effectue rue Marbeuf une course des plus banales quand soudain une explosion va déchirer ma vie et celle de mes proches à tout jamais. Je pense tout particulièrement à ma maman.

La fin de l’année 2011 a été importante pour nous, les victimes des attentats du train « le Capitole » (29 mars 1982), de la rue Marbeuf (22 avril 1982), de la Gare St Charles et du TGV Lyon Paris (31 décembre 1983), triste réveillon. En effet, près de 30 ans après, un procès s’est tenu durant 6 semaines devant la Cour d’assises de Paris et qui a abouti à la condamnation d’Illich Ramirez Sanchez dit « Carlos ».

Ces attentats sont à la fois si loin, surtout pour l’opinion publique, mais encore tellement présents dans nos vies.

De cette époque, je garderai toute ma vie des blessures dans ma chair et dans mon âme, mais aujourd’hui plutôt que de parler de moi, je voudrais rendre hommage à Maurice RUDETZKI qui nous a quittés le 20 juin 2012, des suites de ses blessures survenues lors de l’attentat du restaurant le « Grand Véfour » à Paris le 23 décembre 1983. Indemne physiquement, Maurice avait ces blessures invisibles, ces troubles cachés dont sont atteintes de nombreuses victimes du terrorisme.

Nous sommes début 1986, une deuxième peine frappe, alors, les victimes d’attentats : l’isolement, l’oubli, pour ne pas dire le néant.

Dans les studios d’Europe 1, je rencontre alors Françoise et Maurice RUDETZKI et de cette rencontre naîtra l’association « SOS Attentats », créée « par des victimes, pour des victimes ».

Chacun, avec nos blessures, nous étions sans doute largement inconscients de nous embarquer dans cette aventure, mais nous savions déjà que si NOUS, nous ne le faisions pas, personne d’autre ne le ferait à notre place.

Durant toutes ces années, Maurice, Vice-président de l’association, a été de tous les combats législatifs pour obtenir des droits pour les victimes et faire entendre leur voix. Il était présent inlassablement aux réunions, aux commémorations et lors des rencontres dans les ministères et administrations.
Nous avons bien sur connu de nombreuses difficultés, des moments d’exaltations et parfois de doutes, de découragement, mais je garde de Maurice, durant ces années, l’image d’un roc, personnalité forte et déterminée sur laquelle on pouvait s’appuyer.

Sa gentillesse, sa bienveillance, sa patience sont des qualités que nous sommes beaucoup à spontanément citer.

Alors, c’est vrai, en 2008, nous nous sommes sentis comme orphelins à la fin de « SOS Attentats », mais nous savions combien ces années de combats au service de tous avaient couté à ceux comme Maurice qui n’avaient jamais compté ni leur temps ni leur énergie…

Quand s’est ouvert le procès de Carlos le 7 novembre 2011, Maurice était là avec Françoise qui avait repris son engagement associatif au sein de la FENVAC SOS Catastrophes & Terrorisme. Pour les victimes, cela a été un véritable soulagement de voir ainsi, que l’action de « SOS Attentats » allait continuer.

Grâce à leur soutien, jamais le banc des parties civiles n’a été vide durant les semaines du procès, et toujours nous avons fait face avec dignité aux propos outranciers et provocateurs du triste Carlos.

Ces 6 semaines ont été bien sûr éprouvantes, mais elles étaient nécessaires, et elles montrent que la Justice, elle n’oublie pas. Je voudrais saluer le travail remarquable des magistrats contre le terrorisme. C’est aussi quelque chose que j’ai appris aux côtés de Maurice : le droit et la Justice sont les meilleures armes des démocraties face aux terroristes.

Nous l’avons vu une dernière fois, le 15 novembre, lors d’une cérémonie organisée par M. Alain JUPPE, au ministère des Affaires étrangères.

Au nom des victimes qui ont connu Maurice, je veux avoir une pensée aussi pour Françoise et leur fille Deborah qui avait 9 ans lors de l’attentat et que nous avons vu grandir dans la souffrance de ses parents.

Maurice fait partie de ces quelques hommes et femmes qui par leur dévouement et leur engagement sans limites rendent l’entraide et la solidarité possible au bénéfice du plus grand nombre.
Il nous manque c’est sûr, mais à travers son exemple il sera pour nous à tout jamais présent.

Je vous remercie.


Discours de Mme Françoise RUDETZKI, déléguée au terrorisme de la FENVAC SOS Catastrophes et Terrorisme

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités civiles, militaires, diplomatiques et religieuses,

Chers amis,

Nous voici réunis comme chaque année, depuis 1986, pour rendre hommage aux victimes du terrorisme, victimes des bombes, de fusillades et de prises d’otages. Réunis pour être solidaires, mais aussi pour souligner que les conséquences du terrorisme appellent une action durable.

Ce 19 septembre, est plus particulièrement dédié aux victimes des attentats commis les 11, 15 et 19 mars à Montauban et Toulouse ainsi qu’à celles du Caire en 2009, de Marrakech en 2011 et aux huit otages français encore détenus.

Depuis l’inauguration de cette statue, autour de laquelle nous sommes rassemblés, érigée grâce au financement des victimes, avec l’aide de l’association des « Gueules cassées », victimes de guerre qui soutiennent les victimes d’une nouvelle forme de guerre, notre cérémonie a pris une tout autre ampleur.

Statue-fontaine, « Parole portée », rappelle que SOS Attentats a toujours travaillé sur la parole des victimes.

Cette parole, il faut l’écouter, sans méfiance, sans peur, à travers les témoignages de quelques victimes. Non pas pour susciter la pitié, mais pour une réflexion collective sur la prise en charge dont nous avons besoin et la prévention que nous sommes en droit d’attendre de l’État.

Avant de juger tel ou tel comportement, ayons tous l’humilité de garder à l’esprit la violence extrême de la situation où le hasard de la vie et la folie meurtrière d’individus brisent votre vie, celle de vos proches, en vous projetant dans la douleur et surtout l’inconnu.

Alors oui, il peut y avoir, entre les victimes et la société, de l’incompréhension, des doutes et même de la colère. Mais cessons de faire des victimes de simples caricatures ou des enjeux politiciens, pour se rappeler une évidence première qui est que toute victime est avant tout, et même simplement, un citoyen fragilisé, frappé dans ce qui il y a de plus fondamental, sa liberté.

Il attend légitimement un secours de l’État. Nous sommes là au coeur du contrat social. L’État ne doit donc pas avoir peur des victimes, il doit au contraire œuvrer pour leur résilience, et il doit pouvoir s’appuyer sur une association comme la nôtre.

Sont présentes aujourd’hui des victimes des attentats commis en France depuis le 15 septembre 1974, au Drugstore Saint-Germain à Paris, jusqu’à celui du 19 mars 2012, à Toulouse.

Mme Ahlem Legouad, mère de Mohamed, âgé de 28 ans, tué à Montauban est parmi nous.

Mais, certaines victimes ne peuvent malheureusement pas être à nos côtés :

Mme Yaffa et M. Yaacov Monsonégo, Directeur de l’école Ozar Hatorah à Toulouse et père de Myriam tuée à l’âge de 8 ans,

Loïc Liber, 28 ans, grièvement blessé à Montauban,

Bryan Bijaoui, 15 ans, blessé à Toulouse,

et de nombreux blessés à Marrakech, le 28 avril 2011.

Les paroles qui s’échappent de cette statue sont des paroles de paix et expriment notre besoin de vérité, de justice et de mémoire, afin que nul n’oublie.

Notre volonté dans ce domaine, quelle que soit la source du terrorisme, quel que soit le temps écoulé, est indéfectible.

Nous avons toujours soutenu les magistrats qui œuvrent dans ce sens, de même que les enquêteurs et la police scientifique.

Nous remercions également tous les services de secours et les services médicaux qui sur les lieux des attentats interviennent pour sauver nos vies.

En 1986, l’urgence de SOS Attentats fut de faire voter une première loi permettant l’indemnisation des victimes par le Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme, financé par une contribution de 3,30 euros prélevés sur chacun de nos contrats d’assurance de biens.

Cet organisme prend en charge les préjudices physiques, psychologiques et économiques subis par les victimes de toutes les violences en France et les Français victimes à l’étranger.

Aujourd’hui, M. le Président, nous avons besoin du soutien des ministères qui siègent au sein de cet organisme qui doit être plus à l’écoute des victimes, passés les moments d’émotion.

En 1990, toujours sous notre impulsion, une loi a accordé le statut de victime de guerre aux victimes du terrorisme qui bénéficient, entre autres, de soins gratuits et spécifiques et qui accorde aux enfants, le statut de pupille de la Nation.

L’association SOS Attentats a été habilitée à se constituer partie civile afin d’être présente aux côtés des victimes lors de procès longs et douloureux et, en 1995, nous avons obtenu que la durée de la prescription des crimes soit prolongée à 30 ans.

Ces lois, c’est notre fierté, ont toujours été votées à l’unanimité.

Hostiles à la peine de mort, respectueux des droits de la défense, nous avons invariablement travaillé avec l’objectif que les victimes puissent avoir une juste place dans les procédures juridiques, tout en étant conscients qu’elles ne sont pas « au cœur du procès » qui reste celui des auteurs.

En 2008, au grand désespoir de beaucoup, SOS Attentats a cessé son action, après s’être occupée de plus de 3 000 victimes, déposé plainte contre le Colonel Khadafi à la suite des condamnations que nous avions obtenus contre six hauts responsables Libyens, après une procédure déclenchée en 1989 …

Les Pouvoirs publics pensaient peut-être que la menace terroriste n’existait plus ou que les victimes n’avaient plus besoin de liens de solidarité.

Nombreuses sont celles qui ont continué à être à mes côtés afin de faire entendre leur parole au sein du Fonds de garantie.

En 2011, j’ai rejoint la FENVAC – SOS Catastrophes & Terrorisme qui a étendu ses activités aux victimes du terrorisme et fait désormais partie d’un réseau européen.

Nous avons uni nos compétences, avec les mêmes valeurs et la même éthique qui nous animaient, mon mari Maurice et moi-même, dès l’origine de notre combat.

Il faut aider les victimes à sortir de leur statut de victime, à partager leurs peines et leurs espoirs et, en un mot, à continuer de vivre.

Nous avons été présents tout au long des six semaines du procès devant la Cour d’assises de Paris, 30 après les faits, auprès des victimes des attentats commis en 1982 et 1983, par Carlos et son groupe ; en mémoire des 11 morts et des 116 blessés, décédés pour beaucoup avant les audiences.

Nous avons œuvré pour l’histoire pas la tenue d’un blog.

Nous avons également suivi la procédure relative à l’attentat commis contre le City of Poros (11 juillet 1988), et le procès en février 2012, 24 ans après les faits.

Nous devons être prêts en cas de catastrophes majeures et d’attentats de grande ampleur. Être prêts, c’est admettre lucidement que la menace terroriste est plus réelle que jamais, c’est aider les victimes dans la durée, c’est leur parler et les écouter, c’est refuser leur l’instrumentalisation et les discours démagogiques.

Entre 2002 et 2008, la Commission consultative des Droits de l’Homme a accueilli SOS Attentats en son sein, afin d’y faire entendre la voix des victimes, ce travail n’est pas terminé, nous tenons à le poursuivre, mais cela sera-t-il possible ?

La FENVAC, outre son rôle de conseil et de soutien auprès des victimes, continuera à œuvrer pour une meilleure coopération judiciaire européenne, pour que les Démocraties luttent contre le terrorisme avec leurs armes : le droit, rien que le droit, mais tout le droit.

Les frontières judiciaires dans l’Union européenne doivent être abolies et les extraditions devraient être automatiques.

Dans le domaine des actes de terrorisme internationaux, la Cour pénale internationale doit être compétente pour les crimes de terrorisme, dans des « délais raisonnables ».

Entre le trop-plein médiatique et la diffusion d’informations partielles, les victimes sont souvent désemparées. Nous souhaitons, dès que se produit une catastrophe ou un attentat, être le relais, le médiateur entre les victimes et les autorités pour que les réponses soient pertinentes, c’est-à-dire qu’elles ne se limitent pas à la seule période initiale.

À travers les populations civiles, n’oublions pas que ce sont les États et l’ensemble de la société qui sont visés. Aussi, la solidarité doit avoir un sens qui dépasse nos seules personnes.

Votre présence à nos côtés, M. le Président de la République, en ce 19 septembre, nous la prenons comme le signe d’un engagement pérenne de votre part.

La solidarité nationale ne doit pas être un vain mot, les victimes ont besoin d’actes concrets qui de surcroit s’inscrivent dans la durée. La France n’a pas à rougir de l’aide qu’elle apporte aux victimes du terrorisme, mais tous, nous devons être convaincus que les efforts ne doivent en aucune façon se relâcher. Notre mobilisation doit être sans faille et constante, avec toujours une volonté de mieux faire, tous ensemble.

Au nom de toutes les victimes, je vous remercie.


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