LIEUX DE MEMOIRE : COMMENT RENDRE HOMMAGE ?

Le 31 août dernier, la FENVAC participait à un webinaire organisé par le Centre d’expertise des victimes du terrorisme de l’Union-Européenne, et modéré par l’AfVT, sur le thème de la Mémoire.

La FENVAC, particulièrement sensible à ce sujet, a pu entendre les différents apports d’expériences des interlocuteurs présents.

M. Jorgen Watne Frydnes, responsable du Mémorial de l’ile d’Utoya en Norvège, où 69 victimes ont perdu la vie dans une attaque terroriste en 2011, a fait part de sa perspective. La Norvège, contrairement à de nombreux pays, n’avait jusqu’alors jamais eu à traiter de tuerie de masse. Et contrairement à la Norvège, l’Espagne et la France ont une expérience, tristement extensive, du terrorisme.

Durant les 10 dernières années, M. Frydnes a donc dû trouver les réponses qui seraient les plus appropriées sur quelle serait la meilleure façon de rendre hommage, et de préserver la mémoire. James Young, le responsable de « Ground Zero » (du nom du lieu du Wordl Trade Center) à New York, a également pu lui apporter son aide et ses conseils.

Après la tuerie, M. Frydnes a expliqué avoir appelé et rencontré chaque famille de victimes : un processus qui fut long, et pourtant primordial, et qui continue jusqu’à aujourd’hui. Tout en souhaitant préserver la mémoire, des principes qui ont guidé sa démarche : le terrorisme et la violence ne doivent pas gagner.

M. Philippe Vansteenkiste de V-Europe, également présent, a quant à lui perdu sa sœur dans les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.

Y-a-t-il besoin d’un lieu de mémoire ?

La réponse, qui porte en elle l’évidence dans la question, est oui : la mémoire est un pilier essentiel de la reconstruction des victimes du terrorisme. Selon M. Vansteenkiste, toutefois, un tel lieu devrait se focaliser sur les victimes, la société, la résilience, et non pas le terrorisme en lui-même, afin de ne pas rendre service (de façon non intentionnée bien sûr) aux terroristes ni à leur idéologie.

Pour lui, un lieu de mémoire devrait également offrir la possibilité aux victimes de pouvoir faire leur deuil, dans un lieu propice à la sérénité.

Le lieu de mémoire offre également l’opportunité pour la société de montrer son respect aux victimes, et de les reconnaître comme les témoins d’un moment historique, aussi effroyable soit-il.

« Préserver la mémoire parce qu’un tel événement fait désormais partie de notre histoire. »

Pour M. Vansteenkiste, les victimes du terrorisme et les survivants détiennent la clé de la reconstruction.
Par ailleurs, il est important que la vérité soit préservée, même si elle est inconfortable. Ce qui nous rappelle également combien notre société et notre démocratie sont fragiles : il faut les préserver.

Quant au processus de création du mémorial, celui-ci est presque plus important que le lieu lui-même, selon M. Frydnes, qui a ainsi pu évoquer le risque de construire un mémorial doté d’une belle allure esthétique, mais auprès duquel les victimes ne se sentiraient pas « connectées » dans le cas où elles ne seraient pas associées au processus de création. Ainsi, deux mémoriaux ont été créés en Norvège suite à la tuerie d’Utoya et les explosions d’Oslo : ces deux-là ont été créés par les survivants, et ont connu un franc-succès.

• Qui impliquer dans la prise de décision du processus de création des mémoriaux ?

Les différents interlocuteurs se rejoignaient également sur un point : un tel processus va nécessairement générer des tensions, en raison des différentes perspectives qu’auront les proches endeuillés et les survivants sur quelle est la « meilleure façon » de commémorer.

M. Vansteenkiste a ainsi évoqué l’importance que les victimes soient accompagnées par des experts dans ce processus de création, en raison des tensions qui seront nécessairement présentes. Les experts et les victimes peuvent ainsi co-créer un mémorial qui répondrait aux points suivants :

-  Efficace : un tel lieu devrait transmettre un message fort ;
-  Esthétique : un mémorial qui devrait être « beau », représenter une « restauration de l’âme », où l’on se sent en paix. M. Vansteenkiste a ainsi mentionné que le mémorial qui a été fait à Bruxelles est métallique, et représente une bombe, ce qui ne peut pas inviter au repos ni au recueillement ;
-  Pratique : un mémorial qui serait installé dans un lieu plutôt fréquenté, et où toute une communauté peut se rassembler, ce qui aide de toute évidence à préserver la mémoire ;
-  Éthique : un mémorial qui montre le respect.

Mémorial de Bruxelles, en mémoire des victimes du 22 mars 2016

Le choix du lieu : où commémorer est une question cruciale

Les interlocuteurs étaient tous d’accord sur le fait que si le lieu de l’attaque est choisi pour instaurer le mémorial, l’impact et la signification en seraient d’autant plus forts que si le mémorial est placé dans un lieu qui n’a aucun rapport avec l’événement.

Françoise Rudestki, la fondatrice de SOS Attentats, a quant à elle évoqué son expérience, et la création de la statue aux invalides rendant hommage à toutes les victimes du terrorisme. Mme Rudetzki en a expliqué la signification : une femme décapitée qui porte sa tête dans ses mains. Les mots qui sortent de sa bouche symbolisent les mots aux victimes exprimés pour l’avenir, dédiés à toutes les victimes du terrorisme du monde entier.

Statue-fontaine, « Parole-portée », Jardins de l’Intendant de l’Hôtel National des Invalides

Comment garder le mémorial « en vie » ?

Cela peut sembler relever de l’évidence, mais un mémorial devrait être continuellement bien entretenu, mais aussi servir à l’éducation, notamment à l’égard des plus jeunes. Tout comme il y a eu des musées créés en mémoire de la Shoah, afin de ne pas oublier, les mémoriaux pour les victimes du terrorisme devraient servir ce même but.

Mme Rudetzki a alors exprimé que certaines victimes sont vraiment anxieuses quant à la place qui sera donnée aux auteurs des attaques dans les mémoriaux.

M. Vansteenkiste a alors exprimé que la réalité ne devrait en aucun être altérée, et qu’il ne faudrait pas chercher à cacher quoi que ce soit. Pour autant, il est important que dans les activités de commémoration ou tout événement lié à la mémoire, d’éviter que les terroristes soient perçus comme des martyrs. Le parfait équilibre serait de ne pas faire valoir leurs actions, mais ne pas les cacher non plus.

« Se reconnecter à la réalité pour se reconstruire »

Quant à la question des survivants qui auraient du mal à se rendre sur le lieu de l’attaque, le plus important est de respecter la temporalité de chacun, et de leur envoyer le message suivant : non seulement on comprend que vous ne pouvez ni ne voulez venir, et vous n’êtes pas oublié. Ces survivants doivent savoir que leur temporalité est respectée, et que rien ne leur sera jamais imposé.

La mémoire est un des piliers de la FENVAC, parmi la Justice, la Solidarité, l’Entraide, la Vérité et la Prévention, la Fédération était ravie d’assister à ce webinaire, ayant permis une réflexion globale et intelligente sur ce sujet, indispensable à la reconstruction des victimes.

Quelques liens utiles pour approfondir le sujet de la mémoire (en anglais) :

-  Guidance document on remembrance of victims in 2019, you can find it here https://victim-support.eu/wp-content/files_mf/1553332194Guidancedocumentmemorials.pdf
-  Victims of Overseas Terrorism - A Summary of consultation responses and the Government’s response) : https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/536426/NMBVOT_FINAL_SUMMARY_PUB_7_JULY__1_.pdf
-  For more information about the Spanish memorial center, you can visit : http://www.memorialvt.com/

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