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Revue de presse

Le Sénégal et la Gambie se souviennent du naufrage du Joola, 17 ans après

27/09/2019

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Le 26 septembre 2002, le ferry qui effectuait la liaison entre la Casamance et Dakar sombrait au large de la Gambie, faisant officiellement 1863 morts et 64 rescapés seulement. 17 ans après, le souvenir de la tragédie est toujours vif mais entretenir la mémoire est un combat parfois compliqué.

Parmi les survivants du naufrage, Malang Badji dit avoir « gagné une bataille », celle des cauchemars, mais « pas la guerre » : celle de la mémoire. C’est sur un balcon avec vue sur l’océan et le port de Dakar que Malang Badji raconte son histoire. « Je n’ai plus peur. Je peux même prendre le bateau pour aller à Ziguinchor si nécessaire. J’y repense souvent quand je suis seul. Je pallie par le travail. »

Son travail de cuisinier, du sport, un suivi psychologique aussi, pour avancer depuis cette nuit là – c’était un jeudi -, il avait 19 ans, lycéen et allait poursuivre ses études. Embarquement à Ziguinchor, cap sur Dakar… « Tout à coup, le bateau a fait un grand bruit, un tonneau "boum". Un deuxième tonneau. "Boum". Et puis voilà, il s’est incliné. Là, les gens ont crié de partout et tout un chacun voulait se sauver. »

Malang Badji réussit à monter sur la coque. Pour lui, le temps passe mais les leçons ne sont pas tirées. « Qui a été emprisonné ? Personne. Les Sénégalais sont amnésiques. L’Etat aussi. Parce que ça fait aujourd’hui 17 ans qu’on court derrière l’Etat pour leur demander ne serait-ce que de renflouer le bateau. On leur demandait juste de nous accorder une place au niveau du port de Ziguinchor pour que nous puissions nous rappeler de nos parents. Une stèle. L’Etat n’a pas mis les moyens. C’est ce combat-là qui nous reste. »

Pas de mémorial, mais un devoir de mémoire. Comme tous les 26 septembre depuis le naufrage, Malang Badji prend un congé pour participer aux commémorations.

Un village gambien entretient le cimetière

En Gambie, se trouve une importante fosse commune où ont été rassemblés les corps des victimes du Joola. Le cimetière est situé dans le village de Bassori à l’intérieur des terres, à plus d’une heure de route de Banjul, la capitale.

A la veille des commémorations, plusieurs jeunes du village ont été envoyés pour nettoyer le cimetière, recouvert par la végétation. Débarrassée de ses herbes folles, la pierre tombale indique le nom de seulement quarante victimes.

Mais le compte n’y est pas, explique Moro Kongira, 18 ans au moment des faits. « A certains endroits du cimetière, vous trouverez une vingtaine de personnes enterrées sur le même emplacement. Donc ça fait beaucoup de monde. Franchement, je suis incapable de vous combien de personnes sont enterrées ici. »

Plusieurs centaines de corps, non identifiés reposeraient sous terre. Le village de Bassori a été choisi pour sa position sur la route qui relie la Casamance à la Gambie. La communauté villageoise s’est investie pour préserver le cimetière, mais elle se sent démunie averti Moro Kongira.

« La communauté a besoin d’aide. Ce sont les gens d’ici qui nettoient bénévolement le cimetière, qui parfois montent des tentes pour les cérémonies. Il est arrivé que le chef du village paie les travaux pour entretenir l’enceinte du cimetière. »

Pour le moment les murailles tiennent bon. Le souvenir du Joola est encore trop vif pour les laisser s’affaisser. A Bassori, en Gambie la cérémonie de commémoration aura lieu un jour plus tard, vendredi 27.

Par RFI
Publié le 26-09-2019