Les sept Français enlevés au Cameroun seraient au Nigeria

Selon le ministère camerounais des Affaires étrangères, cette famille de touristes et leurs ravisseurs sont passés depuis au Nigeria voisin. Le président de la République pointe la responsabilité des djihadistes nigérians du groupe Boko Haram.

Les enlèvements s’enchaînent en Afrique de l’Ouest. Mardi matin, sept Français ont été kidnappés au nord du Cameroun. Selon les premières informations, cette famille, un homme et sa femme, leurs quatre fils, âgés de 12, 10, 8 et 5 ans, ainsi que leur oncle, était parti faire du tourisme dans le parc naturel de Waza. Après avoir passé la nuit dans un campement situé à Dadanga, à l’entrée du site, ils auraient été capturés par plusieurs hommes sur trois motos. « Ils ont visité le parc la veille. Ils ont dormi dans l’hôtel puis ils sont partis », a affirmé un employé de l’établissement. Le père, qui travaille pour GDF Suez, une grande entreprise française, était installé depuis plusieurs années au Cameroun.

Le Quai d’Orsay garde, comme toujours dans ces cas-là, le silence. François Hollande a, pour sa part, confirmé l’enlèvement de « sept Français d’une même famille » et a immédiatement imputé la responsabilité aux djihadistes nigérians. « Je vois surtout l’implantation d’un groupe terroriste, Boko Haram en l’occurrence, dans cette partie-là du Cameroun, et c’est suffisamment inquiétant pour nous mobiliser. » Que les soupçons se portent vers Boko Haram est sans surprise. Une dissidence du groupe, Ansaru, a en effet déjà revendiqué le rapt d’un autre Français, Francis Collomp, capturé le 19 décembre dernier au nord du Nigeria.

Des frontières poreuses entre le Cameroun et le Nigeria
Le ministère camerounais des Affaires étrangères a annoncé dans la soirée que « les ravisseurs (avaient) traversé la frontière du Nigeria avec leurs otages ».

Le nord du Cameroun, région déshéritée et abandonnée du pouvoir central, s’il est ravagé par le banditisme reste épargné par les enlèvements. Mais, ces derniers mois, il a été a contaminé par les violences qui secouent le pays voisin. « Ce qui s’est passé n’est pas surprenant. Entre le Cameroun et le Nigeria, les frontières sont poreuses. Ce sont les mêmes tribus et l’islam est très présent. Beaucoup de gens ont les deux passeports. Quand Boko Haram s’est trouvé sous la pression de l’armée nigériane, certains de ses membres sont naturellement venus se mettre au vert dans les villages camerounais. Tout le monde le savait mais le gouvernement n’a pas réagi », souligne un expatrié qui assure désormais éviter la région.

Boko Haram est de fait né, en 2002, aux portes du Cameroun, dans l’État frontalier de Borno dont il a fait son fief. Le groupe, mi-milice terroriste, mi-secte, entend s’opposer à toute influence de la culture occidentale dans le nord du Nigeria. Le combat est tombé au fil des années dans l’extrême violence face au pouvoir central nigérian. Les attentats, visant des bâtiments administratifs ou des commissariats, mais aussi des lieux de culte chrétien, ont fait plusieurs milliers de victimes. Cependant Boko Haram n’a jusqu’à présent jamais revendiqué d’enlèvement. « Ce n’est pas dans ses méthodes », souligne le chercheur Marc-Antoine Pérouse-de-Monclos.

La capture des Français pourrait alors être l’œuvre d’un des nombreux autres groupuscules qui opèrent dans le nord du Nigeria, et notamment Ansaru. Cette milice très mystérieuse est présentée comme une scission de Boko Haram. Son chef, Abu al-Ansari s’opposerait aux actions de Boko Haram trop destructrice à ses yeux pour les musulmans. Ansaru aurait calqué son modus operandi sur celui d’al-Qaida, organisant des opérations spectaculaires et des rapts. Ansaru s’est ainsi illustré avec un raid contre le QG la police antiémeute à Abuja ou par l’attaque de convois militaires. En septembre 2012, le groupe avait revendiqué la capture de deux ingénieurs, un Italien et un Britannique. Ils devaient être tués quelques semaines plus tard lors d’une tentative de libération. L’irruption de la guerre au Mali, et l’engagement français, a fait de Paris la nouvelle cible des miliciens. « Ansaru peut bien sûr être à l’origine de ce nouveau raid. Mais cela montrerait qu’il monte en puissance car cette partie du pays est le domaine presque exclusif de Boko Haram. Il faut rester prudent », insiste un spécialiste de la sécurité basé à Lagos.

Tanguy Berthemet, le figaro, le 20 Février


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