La France, cible principale des islamistes au Sahel

Le risque d’enlèvement de ressortissants ne date pas de l’opération au Mali. Depuis 2005, Aqmi a désigné la France comme son ennemi principal. Quinze otages français sont actuellement détenus au Sahel.

Quelques heures après l’enlèvement de sept Français dans le nord du Cameroun, il était encore trop tôt pour savoir si ce nouveau rapt est ou non lié à la guerre que mène la France contre les groupes islamistes armés au Mali. Mais si, comme le redoute François Hollande, l’opération a été montée par la secte islamiste nigériane Boko Haram, qui entretient des liens troubles avec al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), il n’est pas trop tôt pour l’envisager.

La première phase de l’intervention militaire déclenchée le 11 janvier par la France s’est achevée par un remarquable sans-faute, la reconquête sans coup férir de toutes les villes du nord du pays. L’opération « Serval » est depuis entrée dans une seconde étape, plus difficile et aléatoire, qui consiste à poursuivre la chasse aux groupes « terroristes », obtenir la libération des otages et reconstruire l’État malien en formant les forces armées locales et africaines. Or, si « quelques centaines » d’islamistes armés - selon le ministère de la Défense - ont été tués par les frappes françaises, les autres se sont évanouis dans la nature, prenant le maquis dans l’extrême nord du pays ou se réfugiant dans les pays voisins, Libye ou Niger, dont les frontières sont poreuses. Si un lien était établi entre la guerre au Mali et l’enlèvement du Cameroun, la France aurait subi son premier revers depuis le début de l’opération « Serval ».

Certes, le risque d’enlèvement de ressortissants français ne date pas de cette guerre. Depuis 2005, Aqmi a désigné la France comme son ennemi principal. Comme le rappelle le juge Trévidic dans son dernier livre (*), la tentative de libération de l’otage Michel Germaneau dans le nord du Mali en 2010 avait provoqué la fureur du patron d’Aqmi, Abdelmalek Droukdal, qui dénonçait une « trahison » en pleine négociation : « Vous avez manqué l’occasion et vous avez ouvert la porte de l’horreur pour vous et votre pays », avait-il dit.

L’opération française au Mali n’a fait qu’exacerber les risques, qu’il s’agisse d’enlèvements ou d’attentats. Dès le déclenchement de « Serval », les emprises françaises dans la région ont été sécurisées. Les intérêts français et les ressortissants nationaux ont été placés sous surveillance au Mali et au Niger. Le lycée de Bamako a été fermé jusqu’à nouvel ordre « en raison des menaces d’attaques et d’infiltration » dans la capitale malienne précise-t-on dans l’entourage du ministre de la Défense. La même source évoque des menaces sérieuses contre les journalistes français couvrant les événements au Mali, notamment il y a deux semaines, lors d’une infiltration de djihadistes au cœur de Gao. « Nous savons depuis longtemps que nous sommes une cible », poursuit-on Rue Saint-Dominique.

La liste des otages s’allonge. Mais pas le nombre de solutions pour les libérer : la négociation, l’opération commando ou la pression militaire. « Nous sommes à la recherche de contacts. Mais il n’y a pas de questions financières qui puissent être évoquées », a récemment affirmé François Hollande, avertissant que la France ne paierait pas de rançons. Couplée au compresseur militaire français dans le nord du Mali, l’ouverture de négociations avec des intermédiaires touaregs pourrait à terme, espèrent certains, permettre la libération des otages retenus par les groupes armés qui avaient fait du nord du Mali un sanctuaire. Le nouveau rapt vient encore compliquer la donne.

* Terroristes. Les 7 piliers de la déraison, de Marc Trévidic, Ed. JC Lattès.

Isabelle Lasserre, Le Figaro, 20 Février 2013


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