Kenya : les islamistes menacent d’exécuter les otages

La tension monte encore d’un cran au Kenya. Tôt lundi matin, une intense fusillade d’une quinzaine de minutes, suivies par trois explosions, s’est fait entendre dans le centre commercial Westgate de Nairobi, cible d’une attaque terroriste depuis deux jours. Dans le même temps, l’armée kényane, qui avait déjà chargé plusieurs fois sans succès dimanche, annonçait sur Twitter vouloir mettre fin au plus vite au siège des islamistes.

Ce nouvel assaut a amplifié la colère de ces derniers. Quelques minutes après l’arrêt de la fusillade, le porte-parole des Chebab a annoncé, dans un message posté sur Internet, que l’organisation « autorise les moudjahidine à l’intérieur du bâtiment à agir contre les prisonniers » en cas de nouvelle attaque des forces de l’ordre. En d’autres termes, à abattre les clients du centre commercial qui n’ont pas encore pu être secourus.

Signe que la situation est inquiétante, la Cour pénale internationale vient d’autoriser le vice-président kényan William Ruto a retourner dans son pays durant une semaine pour gérer la crise. L’homme d’Etat est actuellement jugé à La Haye, aux Pays-Bas, pour son rôle présumé dans les violences post-électorales de la fin 2007, qui avaient fait plus de 1000 morts au Kenya.
Des clients abattus aveuglément

Cinéma multiplex, restaurants, cafés, hypermarché, banques, rien ne manque au Westgate, luxueux centre commercial de plusieurs étages inauguré à Nairobi en 2007. Prisé par la haute société kényane et les expatriés occidentaux du pays, sa quiétude habituelle a été brisée par l’arrivée soudaine, samedi, d’un commando de terroristes somaliens. Armés d’armes automatiques et de grenades, les Chebab ont tiré dans le tas des familles venues faire leurs courses, semant mort et désolation. Plusieurs survivants expliquent que les terroristes regroupaient certains clients, leur posaient une question, et abattait froidement ceux qui semblaient donner la mauvaise réponse. « Seuls les infidèles ont été tués », affirment les Chebab sur Twitter, qui auraient épargné les musulmans présents dans le centre.

Le bilan encore provisoire de cette attaque est de 68 morts, dont deux Françaises sauvagement abattues sur le parking du centre commercial. Selon les informations de RTL, il s’agit d’une artiste peintre d’une cinquantaine d’années originaire de Nice. Elle était installée au Kenya avec son mari, propriétaire d’un hôtel à une centaine de kilomètres de la capitale. Sa fille, elle aussi tuée par les assaillants, était venue lui rendre visite pour les vacances. Elle était âgée d’une vingtaine d’années.

Parmi les victimes figurent également une diplomate canadienne, le poète et homme d’Etat ghanéen Kofi Awoonor, mais aussi plusieurs membres de la famille proche du président kényan. Uhuru Kenyatta a en effet annoncé que son neveu et sa fiancée avaient été tués dans l’assaut. « Les responsables de cette attaque devront payer pour leurs actes ignobles et bestiaux », a-t-il annoncé. Dimanche soir, neuf corps supplémentaires ont été découverts par l’armée kényane.

Cette dernière, qui reprend progressivement le contrôle des étages du centre commercial, affirme que la plupart des otages sont en sécurité, bien que ni les journalistes ni les secours présents sur place n’ont pu les voir sortir du bâtiment. Au total, plus de 1000 personnes ont été secourues depuis samedi, dont 175 blessés. On ignore combien d’otages sont encore entre les mains des terroristes.

Des Américains parmi les assaillants ?

Les Chebab expliquent avoir ciblé le Westgate pour venger « les crimes commis par les soldats » kényans en Somalie « contre les musulmans ». L’armée du pays est en effet présente depuis fin 2011 en Somalie dans le cadre d’une coalition africaine aidant le gouvernement somalien à mater les islamistes, qui ont subi de nombreuses défaites. D’autres observateurs soulignent que les intérêts israéliens sont également touchés par cette attaque, le Westgate ayant été en partie construit par des entrepreneurs de ce pays. Plusieurs agents israéliens étaient présents dimanche aux côtés des forces de l’ordre kényanes afin de les guider dans leur stratégie.

Les Chebab ont eux annoncé sur Twitter que des Américains font partie du commando terroriste. Le groupe somalien affirme que trois hommes, âgés d’une vingtaine d’années et originaires de Saint Paul, Minneapolis, et Kansas City, font partis des assaillants. Le Département d’Etat américain dit enquêter sur ces informations.

lefigaro.fr - 23 septembre 2013


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