Accident d’Amiens : À qui la faute ?

Les responsabilités restent à déterminer après l’effondrement d’une barrière au stade de la Licorne qui a fait 29 blessés.

Un amoncellement de corps au pied d’une tribune. Pendant de longues minutes, samedi soir à Amiens, le monde du football a cru renouer avec les heures les plus sombres de son histoire. Celles qui ont, du Heysel à Furiani en passant par Hillsborough, souillé de sang, et pour l’éternité, un ballon rond habituellement synonyme de fête. Fort heureusement, personne n’a laissé sa vie au stade de la Licorne où une barrière a cédé lors de la rencontre de Ligue 1 entre Amiens et Lille, provoquant la chute de plusieurs dizaines de supporters du Losc.

Le bilan est de 29 blessés. « Nous avons échappé au pire », reconnaît auprès du Figaro Nathalie Boy de la Tour.« Soulagée », la présidente de la LFP était dimanche au chevet des six blessés encore hospitalisés au CHU d’Amiens. Ils ont regagné leur domicile dans la journée. « Certains étaient encore en état de choc mais ils étaient tous très dignes. Ils ont fait preuve d’un optimisme extraordinaire, indique Mme Boy de la Tour. Il n’y avait pas du tout d’aigreur ni de recherche de responsabilité. » Les autorités s’en chargeront pour eux.

Que s’est-il donc passé à la 15e minute du match entre le promu picard et le club nordiste ? Tout à sa joie d’avoir ouvert le score, ce qui n’était pas arrivé très souvent aux hommes de Marcelo Bielsa auteurs d’un début de saison calamiteux, le défenseur Fodé Ballo-Touré se précipite vers le coin de la tribune où les supporters nordistes sont parqués. Comme toujours, dans ces moments de célébration, ces derniers veulent fêter le but au plus près de leurs joueurs. Sous le poids de plusieurs dizaines d’individus, la barrière de protection s’affaisse puis cède brutalement. Dans un fracas à vous glacer le sang selon les témoins sur place. Après une chute d’un peu moins de deux mètres, les fans se retrouvent entassés au pied de la tribune, certains sont coincés contre les panneaux publicitaires. Rapidement pris en charge, les blessés les plus sérieux sont évacués à l’hôpital. Vers 21 heures, la LFP décide logiquement de reporter la rencontre.

Acte de contrition

Dans la foulée et alors que la situation – potentiellement dramatique - appelle à la concorde, le président de l’Amiens Sporting Club, Bernard Joannin, met en cause les supporters du Losc : « Il n’y a pas de problème de barrière. Les services de police nous avaient prévenus que 200 ultras très énervés étaient dans le parcage réservé aux Lillois. Ils se sont lancés de façon désordonnée, plus de 500 personnes, sur ­cette barrière qui était en parfait état. Imaginez 500 personnes qui voulaient pénétrer sur le terrain. » Des propos qui ont choqué, particulièrement à Lille, et sur lesquels le dirigeant est revenu dimanche matin. « Je tiens à exprimer ma compassion envers les supporters blessés. Dans ces moments, nos propos peuvent dépasser notre pensée, qui a été exprimée de façon maladroite. »

Les doutes de Lopez

L’acte de contrition n’a cependant pas fait bouger d’un iota le dirigeant amiénois pour qui l’état du stade de la Licorne n’est pas en cause malgré les travaux de rénovation en cours. « Il ne faut pas faire d’amalgame entre la toiture, qui est en réfection, et le reste du stade, qui a été validé par toutes les commissions de sécurité », estime Bernard Joannin. La LFP a confirmé que le stade avait été homologué par la commission de la Fédération et de la Ligue sur la partie sportive, la sécurité des installations émanant elle de la préfecture.

Le président du Losc, Gérard Lopez, a lui exprimé ses doutes sur l’état des installations amiénoises : « Des groupes de supporters de Strasbourg, de Marseille, de Nice ont clairement indiqué que, pendant leur passage, l’équipement en question n’était pas hypersolide. J’ai vu des photos du stade, des ancrages des barrières… »Alors que le parquet d’Amiens a ouvert une enquête en flagrance pour « blessures involontaires » et qu’une instruction disciplinaire a été annoncée par la LFP, Nathalie Boy de la Tour réclame du temps. « L’enquête vient juste d’ouvrir. Gardons-nous de jeter la pierre à l’un ou à l’autre. Il faudra bien définir la chaîne de responsabilités. Notamment pour mettre en place les mesures d’amélioration nécessaires afin que cela ne se reproduise plus. » Une variante de la trop célèbre formule « plus jamais ça ».

Date : 01/10/17
Auteur : Guillaume Loisy
Source : Le Figaro

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